mardi 18 juin 2024

Science fiction

 

Strasbourg - Mars 2043

L'usine pétrolière Bolloré Energie de Strasbourg vient d'exploser. Une grosse fumée noire se dégage des décombres.

Marion, étudiante, prend son sac et file vers la gare hyperloop. En chemin, elle sort son smartphone et va sur le site de l'Hyperloop Company pour prendre un billet. Sur la page d'accueil, un message s'affiche.

"La demande pour les trajets hyperloop au départ de Strasbourg est exceptionnellement importante. Du fait de la tarification dynamique de notre entreprise, les prix sont plus élevés que d'ordinaire. Cela n'est pas le fait de notre entreprise. Si vous souhaitez bénéficier de prix plus bas, n'hésitez pas à reporter votre voyage."

Marion déglutit, et clique quand même sur "Acheter un billet - départ immédiat". Le prix du billet a tellement de chiffres qu'il déborde du cadre prévu pour le contenir. Même en s'endettant sur 30 ans, elle ne pourrait pas payer un prix pareil. Elle va quand même à la gare. C'est bondé, tout le monde se presse dans tous les sens. Quelques passagers munis de billets parviennent à franchir les portiques malgré la cohue. Un train arrive, les passagers disséminés sur le quai montent. La rame repart, à moitié vide. Dans la gare, c'est l'émeute. Une foule en colère s'empare d'une table, et l'utilise comme bélier pour attaquer les portiques. Hors de question que le prochain train parte à moitié vide.

Un message retentit sur les hauts-parleurs. "L'Hyperloop Company ne saurait en aucun cas être tenue responsable de l'afflux de voyageurs en gare de Strasbourg. Les tarifs sont fixés par la loi de l'offre et de la demande, et ne peuvent aucunement nous être imputés. Veuillez croire que nous faisons le maximum pour faire circuler autant de rames que possible afin de limiter l'impact de l'augmentation de la demande sur les tarifs. Si néanmoins les conditions tarifaires ne vont satisfont pas, nous vous suggérons de reporter votre voyage ou de vous adresser à la concurrence. Aucune dégradation du matériel ne sera tolérée."

Le portique cède, les gens s'engouffrent sur le quai. Un nouveau message retentit. "Mesdames, Messieurs, suite à une émeute à Strasbourg, cette gare est désormais fermée. Plus aucun train ne circulera jusqu'à ce que l'ordre soit rétabli. Nous vous prions de croire que nous faisons tout notre possible pour que le service reprenne dans des conditions acceptables d'ordre et de sécurité dans les plus brefs délais."



Louis passait rue de Rouen, devant l'usine pétrochimique de Bolloré, quand il a reçu un gros caillou sur la tête. Il s'est effondré par terre dans une flaque de sang, inconscient. Une voiture qui passait par là s'est arrêtée et les passagers l'ont chargé à bord avant de filer à l'hôpital Bernard Arnault. Louis a repris conscience dans la voiture. Arrivé à l'accueil des urgences, il insère sa carte vitale et sa carte bleue dans le portique d'accès. Il a la tête qui tourne, il voit flou... Heureusement ses bienfaiteurs l'aident à suivre les instructions de la machine. Soudain, un message apparaît à l'écran : "Du fait d'un afflux soudain de patients, les tarifs hospitaliers vont être ajustés à la hausse. Ceci n'est aucunement dû à un choix de l'entreprise mais résulte de la simple mécanique de l'offre et de la demande en matière de soins hospitaliers. Si vous êtes venus pour une visite de routine ou une pathologie non urgente, n'hésitez pas à reporter votre consultation. Si votre état nécessite des soins urgents mais que vous ne souhaitez pas vous acquitter du prix de la consultation ici, vous pouvez vous reportez sur les hôpitaux voisins : l'hôpital Coco Chanel, 16 rue Sainte Elisabeth ou l'hôpital Serge Dassault, 1 quai Louis Pasteur."

Villoulâme

 À Villoulâme,
Gentil pays
Vivaient des femmes
Et des maris.

Chaque matin
Soleil levant
Près du moulin
Dans le grand champ
Les femmes s'assemblent
Et, travaillant,
Content leurs journées
Et leurs tourments.

Une moud le grain
En se plaignant
D'un jeune marin
Parti au loin,

L'autre cuit le pain
En médisant
De son amant
Trop libertin.

Et puis l'on vient,
Va dans le champ
Tout en cousant
Et en causant
Pour raconter
Tous les potins.

Mais vient un jour
Où, fatiguée,
Éva déserte
L'assemblée.

Les femmes inquiètes,
En ambassade,
À son chevet
Voient la malade.

Elle évoque la fatigue,
Le droit à la paresse,
Et un bien bon mari
Qui, plein de gentillese,
S'en ira dès demain
Et moudre le grain
Et cuire le pain.

Les jours passent,
Eva ne revient pas.
Elle coud chez elle,
Et chaque jour elle chasse
De sa maison toutes celles
Qui de visites l'embarassent.

«C'est mon droit et c'est mon choix.
Respectez ma volonté.
J'ai envie de rester seule.
Laissez m'en la liberté.»

Ainsi Éva vivait sa vie,
Seule, isolée, loin de ses amies.
N'allant plus à l'assemblée,
Ne donnant plus de nouvelles,
Elle avait rompu ainsi
Une tradition fort ancienne.

Puis un matin, à l'assemblée, paraît Jean-Louis,
Homme exemplaire et bon voisin, un pieux dévot, un vrai gentil.

Sa femme Marie,
Tout comme Éva,
A fait le choix
De rester seule
Et n'viendra pas.

Il veille sur elle.
On n's'inquiète pas
Et l'on respecte
Sa solitude
Et sa retraite.

Mais seule chez elle,
Marie s'ennuie
En attendant
Son beau mari.

Elle est fidèle,
Elle a compris
Qu'il n'aime qu'elle,
Qu'elle est à lui.

Il n'aime pas ses amies
Qui papotent comme des pies.
Ils en ont convenu,
Elle ne les verra plus.

Plus de bavardages, plus de potins,
Plus de commérages, plus d'entrain.

La vie est terne.
Elle coud, repasse, cuisine...
Et elle s'enferme
Dans la routine.

Éva le fait.
Pourquoi pas moi ?
Une femme parfaite,
Épouse dévouée
Pour le bonheur
De son foyer.

Elle travaille dur,
Mais c'est pour lui,
Pour son mari.
Un homme, bien sûr,
Qui le mérite.
Il est parfait !

Seule, elle médite,
Élève son âme
Loin des bonnes femmes,
Loin des ragots.

Il est jaloux
N'veut pas qu'elle sorte ?
C'est parce qu'il l'aime
Par-dessus tout.

S'il la dispute,
C'est pour son bien,
Pour la garder
Sur l'droit chemin.

Et si parfois
Il lève la main
C'est qu'il est homme
Et non un saint.

Elle est si sotte, si paresseuse,
Si peu lubrique, si ennuyeuse...
Quel homme, autre que lui,
Pourrait donc l'aimer cette pauvre Marie ?

Elle crie, elle pleure, est toujours triste...
C'est à tout dire une hystérique.

Puis un matin
S'en vient Éva,
Sourire taquin,
Colis au bras...

«J'ai des gâteaux à partager et je les porte à l'assemblée.»

Marie la suit,
Parle, mange et rit.
Et puis elle pleure,
Et on l'écoute.
Toutes sont des sœurs,
Aucune ne doute.

En fin d'après-midi,
S'en vient Jean-Louis,
Pour chercher sa Marie.
Mais les femmes assemblées
S'emparant de rochers
L'enfouissent sous un pierrier.

À Villoulâme
Gentil pays
Certaines femmes

N'ont pas d'mari. 

dimanche 16 juin 2024

Devinette (52)

Oyez la complainte du rentier

Qui fait payer l'droit d'habiter.

Devinette (51)

 Un théorème célèbre, plus brillant que le strass

Preuve par dichotomie , un classique fait en classe

Je permet par les suites d'étudier un espace 

Et sa compacité je la prouve avec grâce.

Devinette (50)

Toujours là à ta table

Je suis indispensable.

Devinette (49)

 Notre glorieuse nation, héroïque 

Unie par une même flamme, fantastique 

Vibrant à l'unisson, sans critique 

D'une même voix s'exclame, extatique :

«Vive les annonceurs et leur clique

Puis nos hommes supérieur, force mythique !»

Que valent nos étudiants, scholastiques

Délogés par le CROUS et les flics ?

Vous autres les sans-dents rachitiques

Oubliez vos misères pathétiques 

En embrassant les rêves narcotiques 

Que la télévision emphatique 

Diffuse dans vos salons. Panégyrique 

À la gloire des mécènes sympathiques

Qui mènent une grande guerre athlétique 

Contre les autres pays despotiques.

Devinette (48)

Devinette éphéméride du 8 mai : 


Célébrant la victoire s'assemble une manif 

Qui rassemble pleins d'espoirs des jeunes, des oulémas,

Toute une population d'colonisés rétifs. 

Jour de libération, jour où l'on acclama

Le porteur d'un drapeau, une hampe en bois d'if

Surplombant comme un mât la foule qui l'emporta.

Voilà que la police, énervée, met le mât 

En joue, tire, et abat l'étendard qui chuta.

Un jeune scout le relève, mais c'est définitif 

Une balle en plein coeur le coucha sur le tas.

S'ensuivent pendant des jours des massacres massifs

Qui sèment la terreur et ont pour résultat 

Le calme des cimetières, des années d'omerta.


Devinette (47)

 Un récit dessiné, fixe cousin du cartoon

Qu'on lit sur téléphone en mangeant des bobuns.

Devinette (46)

Quand il revient 

On chante soudain.

Devinette (45)

 (Admirez les rimes à l'hémistiche pour le prénom 😅)


J'suis un bon citoyen qui paye beaucoup d'impôts.

Mon frère politicien servit nos commensaux

Jusqu'à sa mort, funeste accident d'hélico.

Comme j'ai eu le mérite de naître où il le faut

Je cogère une holding aux profits colossaux.

Les produits que je vends, succès universaux

De l'Ukraine à Gaza et jusqu'à Macao

Sont finement décrits par mon bon figaro.

Tu prépares une tuerie ? Je te fais ton trousseau. 

Si un client périt en montant à l'assaut 

Ce n'était qu'un conscrit, un pauvre vermisseau 

Dans une grande boucherie où ils meurent comme des sots.

Devinette (44)

Contre sens critiques,

Écrits épiques 

Trop emphatiques :

Voltaire se pique 

D'écrits scéniques.

Devinette (43)

 Ils redressent un drapeau, les insurgés se bougent, 

Leur sang bout, ils s'enflamment et brandissent des vouges. 

Églantine au chapeau, ils vont reprendre aux bourges

Fraises, cerises et tomates, radis, airelles et courges.

Devinette (42)

 Ange porteur de lumière 

Qui de fond des enfers

Du tyran se libère.

Devinette (41)

 Je suis une fleur robuste. La tige couverte d'épines 

Je pousse sur des arbustes et mon ombre enfantine

Fait paraître une usine qui au loin se mutine. 

Se répand dans les rues une foule qui trotine 

Réclamant chaque jour seize heures loin des machines.

Voilà ma tige fauchée à coups de chevrotine. 

On dresse des gibets, la justice assassine

Les amoureux des fleurs qui me prirent pour insigne. 

Mais je refleurirai. Chaque fois qu'on me piétine 

Mes graines tombées au sol font croître des guillotines.

Devinette (40)

 Les blés 

Rentrés 

Séchaient

Et les 

Congés 

Duraient.


Nager, 

Bronzer

Sous les 

Palmiers.

Devinette (39)

 Sous le ciel gris 

La pluie

Trempe mon gourbi

Moisi

Passe une souris

Transie

J'ai froid aussi

La nuit.

Devinette (38)

 Il a des droits,

Des terres, des bois,

Des actions, des titres bancaires 

Il crée de l'emploi,

Mais il ne sait rien faire

De ses dix doigts.

Devinette (37)

 Situé sur les hauteurs je suis, lampadaphore,

Le porteur de messages que la brume décolore.

Le cheminot me voit et son arrêt m'honore.

Et l'informaticien grâce à moi, sans efforts, 

D'une variable globale empêche l'accès à tort.

Devinette (36)

 Hymne, drapeau, mascottes

Plein de symboles au top,

Nous sommes une union myope

Qui pour le profit vote

Mais laisse sans équivoque 

Mourir à nos portes

L'intrus sans redingote.

Devinette (35)

 Misère du professeur qui travaille sans répit.

Devinette (34)

 Le paradis

Où je gis

Toute la nuit.

Devinette (33)

 Je suis l'espoir de ceux qui au travail se crèvent,

La force des exploités qui ensemble se soulèvent.

Devinette (32)

 Isolés, seuls, sans liens, défiant la syntaxe,

C'est un conglomérat où se perd un apax.

Devinette (31)

À travers les airs

J'apporte les ampères 

À ton TER.

Devinette (30)

Devinette éphéméride du 1er avril : 


Tourne en rond

Sans un son. 

Devinette (29)

 Devinette éphéméride pour Pâques :


Je suis mort mais en vie.

Couvert de nécrobies

Je hante la Colombie.

Devinette (28)

Il trime toute la journée pour servir son patron qui le paye une misère.

Il va mourir au front pour défendre sa maison dont il est locataire.

Il y a des gens comme lui dans presqu'toutes les demeures et sur toute la terre,

Mais il se croit tout seul face à un monde qui meurt l'unique réfractaire.

Devinette (27)

 Une belle boîte, beau CA. Si c'qu'on vend ça empeste

L'argent n'a ni odeur ni complexes. 

Nos clients sont ravis. D'une pression de l'index

Ils répandent sur la ville une atmosphère funeste.

Tu tousses ? Tes poumons brûlent ? Tu étouffes ? Ça te vexe ? 

Ferme ta gueule, baisse la tête. Car nous ceux qui contestent 

Si on leur crève les yeux, c'est à cause du contexte.

Devinette (26)

 C'est un trou de verdure où gazouillent les oizelles

Des arbres d'une belle verdure, reliés de tyroliennes

Et dans cette nature, une rencontre humaine. 

Chevaliers en armure, buvant de l'hydromel

Jeux, rires, musiques et bal, on s'amuse au soleil.

Et puis sur l'échiquier le roi soudain chancèle

Face aux révolutions qui au loin s'amoncellent.

Car si nous nous rendons à cette fête annuelle

C'est pour bâtir ensemble une société nouvelle.

Devinette (25)

 Sur mes chaînes de télé

Du racisme prémâché. 


Les guignols, limogés,

Ne m'faisaient pas rigoler. 

Pour défendre mes idées

J'veux Zemmour député. 


Le Cameroun déboisé

J'revend à MSC.


J'suis catho sans péché

Car pour me confesser

J'ai acheté un abbé. 

Ma vraie foi c'est l'marché

J'ai une bible, mais dorée.