Sur une plage au soleil, un grand château de sable.
Une splendide merveille, chef d’œuvre véritable.
Assiégée par la mer, cette superbe place forte,
Chaque heure un peu se perd car les vagues l'emportent.
C'est Castillon-les-sables et toi qui la contemple
Tu te sens sa semblable.
Toi aussi il te semble que tu es grignoté
Par les vagues, peu à peu, bout à bout emporté.
Qu'est-ce donc que tu veux ? Quelle est ta volonté ?
Tu voulais un travail, une motivation
Et faire des trouvailles, accomplir une mission.
Tu voulais prendre plaisir à te sentir utile,
Tu avais le désir du devoir accompli.
Mais tu te trouves assis face à des tâches futiles
Contemplant un bureau rempli de KPI.
Face au tableau excel tu vois, faute de budget,
Ton av'nir qui se scelle, l'air devenir mauvais.
Le futur se dérobe, fond comme neige en été
Et tu sens que s'érode ta personnalité.
Tu avais des désirs, des envies
Tu voulais vivre, tu survis.
Tu voulais une motivation,
Tu t'contentes d'une rémunération.
Tu voulais cueillir des renoncules et flâner dans les prés
Mais tu fuis la canicule sur cette planète brûlée.
Tu voulais vivre en démocratie
Vivre entre frères, entre égaux, entre amis.
Mais aujourd'hui, tu vois monter autour de toi
Le racisme , le fascisme.
Tu baisses la tête et tu te tais
Tu acceptes ce qui est.
Tu baisses la tête et tu pleures
Tu laisses passer l'orage, tu as peur.
Acceptation et résilience
Chaque jour ça recommence
Et tu sens, petit à petit, toute ta vie t'échapper
Mais tu acceptes ce que tu n'peux pas changer.
Au fond de toi, tu voudrais résister.
Relever la tête, te tenir droit, tenir la barre, croire en tes droits.
On te traite comme moins que rien mais au fond tu le sais bien
Que tu es un être humain.
Quand tu penses à l'avenir
Quand tes enfants seront grands
Pourras-tu être cohérent ?
Pourras-tu dire sans mentir
Que t'as tout fait, qu'tu t'es battu, que t'as résisté comme t'as pu ?
Acceptation et résilience
Encore une fois, ça recommence.
Résilience et acceptation
Pour te bercer d'illusions
Sur tes yeux t'as posé un filtre.
Mais dans ton esprit asservi
C'est par la base que l'eau s'infiltre
C'est par la base que la mer monte
Et c'est d'en bas que vient la honte.
Il faut changer ce que tu n'peux pas accepter.
Alors enfin ouvre les yeux, bats toi, fais de ton mieux !
Fais donc d'abord une petite chose,
Choisis un drapeau, une cause.
Si tu n'peux pas résister, si t'es trop faible pour lutter,
Tu peux
Au moins
Crier !
Crie ! Peut-être seras-tu entendu.
Crie ! Nous sommes nombreux à être perdus.
Nous sommes 8 milliards sur cette Terre
Contre une poignée de milliardaires.
Regarde Castillon et tous ces grains de sables emportés un par un ...
Quel funeste destin !
Mais quel est le géant qui abat ces remparts ?
Ce n'est pas une goutte d'eau, isolée, sans espoir.
C'est l'immense océan.
C'est le nombre, le pouvoir.
Tu es un grain de sable, peut-être un gravillon,
Unis à nos semblable, nous sommes du béton.